Patterns in the Ivy

Moi, en vrac

[Attention, post long, chiant et geignard]

J'avais déjà remarqué que l'état de délabrement que ce blog connait périodiquement (genre là depuis un mois) faisait ressortir des vieux réflexes de remplissage quasi pré-loïclemeuresques. Notamment, le pathétique "c'est blogable", appliqué mentalement à toute tranche de vie un peu fofolle ou inhabituelle. Attention, j'ai pas dit "intéressante". D'ailleurs, si j'étais capable d'écrire quoi que ce soit sans en mettre des tartines, j'aurais plutôt dit "c'est twittable", ça aurait suffi... Mais bon, la lecture chez Gabrielle d'une anecdote de supermarché m'est apparue comme un signe que je n'avais pas à rougir de commencer un billet en racontant la mienne...

C'était à la caisse d'un Monop', où j'étais passé en vitesse choper une bouteille et une pizza pour pas arriver les mains vides à une soirée. Samedi soir, 19h30, toutes les caisses blindées, bien sûr. Et la mienne avance nettement moins vite que les autres (bien sûr)... Mais non, revenez, ce n'est pas une simple histoire d'emmerdement maximum ! Bref, ça finit tout de même par se décoincer et avancer, non sans me donner largement le temps de préparer consciencieusement un billet et quelques pièces, espérant ainsi accélérer le schmilblick quand ce serait mon tour, et montrer à mes semblables que je pense avant tout au bien-être de la communauté. Si si, limite je me préparais à recevoir des fleurs pour la diligence de ma prestation. Le moment approche... "Bonjour". "'jour". "blip !...". "blip !...". Voilà, je tends fièrement ma monnaie, et là, au lieu de l'admiration que j'attendais, la caissière me regarde d'un air gentiment réprobateur. "Ah non monsieur, là c'est une caisse seulement carte bleue"... Bam ! Je suis déstabilisé quelques secondes, je bafouille une excuse, que j'avais pas vu, tout ça... et je lui demande ce qu'on fait, si je dois vraiment me retaper la queue, qui depuis s'est allongée (rhooo...). Elle me dit que si c'est possible je peux m'arranger avec la personne suivante. L'intelligence et la rapidité de cette proposition me laisse pantois, désarmé pour quelques secondes de plus, pendant que mon cerveau qui s'était juste mis en mode "veau qui fait ses courses" tente vainement d'en démêler toutes les ramifications... Pédagogue, comme quelqu'un qui passe sa journée à résoudre ce genre de menus problèmes, la caissière m'explique : "Oui, si vous avez la monnaie, vous pouvez la donner à la personne derrière vous, qui paiera à votre place". Ah ouééééé. D'un sourire un peu indulgent, le gars qui suit m'indique que c'est ok. En être supérieur, il a tout de suite compris la situation. (Je saisis au passage l'air railleur des gens derrières. Autant pour les fleurs...) Bref, c'est entendu, on fait ça. Fouillant dans mon porte-monnaie, je rassemble la somme exacte, et je la tends au gars, avec des remerciements débiles et exagérés, comme j'en ai vu faire seulement dans les mangas par des adolescentes hystériques qui crient "Arigatô" de leurs voix pointues. Mais c'est pas fini... Là, au lieu de partir, je reste planté comme un con, à attendre je ne sais quoi, comme si mon sauveur devait encore me libérer de quelque chose. C'est la caissière qui me dit "Vous pouvez y aller, monsieur. N'oubliez pas vos achats." À ces mots, quelque chose en moi, un neurone sûrement, semble se réveiller, peut-être à l'idée alléchante de quitter enfin ce lieu, temple de ma ridiculisation... On passera sur la tête des clients de la file quand je suis parti. Mais c'est seulement 2 heures plus tard que j'ai compris que j'étais vraiment à 5000 bornes à ce moment, quand j'ai réalisé que, bien entendu, ma carte bleue était sagement rangée dans mon portefeuille à côté de mon liquide >_<

Voilà. Tout ça pour montrer à quel point je suis à côté de mes pompes en ce moment... Ou que je manque de pratique en ce qui concerne les courses. Mais ceci revient strictement au même, car quand ça va pas terrible, j'ai tendance à me laisser aller, et quand je me laisse aller, le premier truc qui en pâtit c'est la bouffe et assimilé. Je tiens deux semaines sans faire les courses, je ne fais plus la vaisselle, je me nourris de fromage sur du pain de mie et de clémentines, au mieux de nouilles chinoises, au pire de bière quand je ne suis pas chez moi. Bref, c'est pas folichon... Heureusement qu'il y a la bonne cantine le midi pour compléter mes 5 fruits et légumes par jour ! Je me demande d'ailleurs si c'est pour ça qu'en ce moment j'aime bien aller au boulot, et que je redoute les week-ends...

Merde, je l'ai dit... Ouais, faut être tombé bien bas, non ? Il y a deux mois j'aurais vendu un rein pour deux semaines de vacances (bon, finalement, j'ai juste eu à poser des congés), alors que maintenant, je vois arriver les vendredis avec moins de soulagement que d'appréhension. Et pourtant, le boulot est chaud en ce moment, et certains collègues me font grave chier. C'est juste que... j'arrive pas à remplir mes week-ends. Je me retrouve trop souvent tout seul comme un con, avec toujours les mêmes pensées obsédantes en tête, à tourner en rond ou à glander sur mon PC, en ressentant douloureusement le temps qui passe. Trop lentement au niveau micro. Trop vite au niveau macro.

Oui oui, je sais, faut que je me change les idées, que je me bouge le cul... Mais faut pas croire, j'essaye. Je sors, je marche, je me fixe plein d'objectifs à faire, et mine de rien j'en remplis quelques-uns. Yeah, j'ai trouvé un cadeau d'anniversaire pour une copine... Yeah, j'ai bricolé des étagères pour chez moi... Yeah, 4h de roller ce dimanche... Mais non, y'a rien qui me satisfait. Ce sont des courts instants d'évasion, de plaisir de la chose accomplie, mais l'instant d'après je vois en creux tous les trucs que je n'arrive pas à faire. Tous les trous menaçants dans mon emploi du temps des jours qui viennent. Toutes ces relations qui s'effilochent et celles qui pourraient peut-être démarrer si j'avais un peu confiance en moi... Ces billets qui traînent dans les brouillons de Dotclear, ce plug-in que je devais triturer. Le chapelet de post-its qui constituent "The Great Mighty To-Draw List", collé devant moi à hauteur d'yeux, qui ne fait que s'allonger. Ces fringues qu'il faudrait racheter si seulement tout ne me paraissait pas si laid en ce moment... (D'ailleurs, pendant que j'y suis, message perso à deux ou trois personnes qui se reconnaitraient facilement si elles me lisaient : je sais que ça part d'une bonne intention, mais ne me dites pas qu'il faut que j'arrête de "m'habiller comme un ado". D'une part, c'est pas le cas, à moins que du noir et deux ou trois t-shirts originaux pour vous ça évoque forcément un teenager boutonneux. D'autre part, c'est pas parce que vous avez mal digéré votre propre coinçage dans un moule social étriqué qu'il faut venir me casser les burnes. Merci.)

Rhâââââ, je me sens ridicule à écrire tout ça, mais le pire c'est que ça me fait du bien... De toute façon, si le ridicule devait tuer, rien qu'avec le coup du Monop' je serais déjà 6 pieds sous terre :) Alors bon, faut que je fasse quoi ?... Savoir ce que je veux ? Ben déjà, j'aimerais réussir à bien dormir, et arrêter de faire des rêves glauques, genre je perds mes dents ou je fais des choses que je ne devrais pas avec des gens. Et avoir un but. Qui remplace le "parle-moi à nouveau" que je ne veux toujours pas classer dans les échecs... Et arrêter de fuir. Non non, pas dans le sens "prendre la fuite" (quoique). Plutôt genre pneu crevé qui se dégonfle. J'ai l'impression de désapprendre plein de trucs que j'ai appris (c'est Yoda qui serait content. Mais bon, parfois je me dis que ça c'est pas trop grave). Et enfin, avoir l'intelligence de mes émotions (je me comprends).

Bon, ça fait beaucoup ! Et Noël est déjà passé... Va donc falloir que je bosse moi-même. La première étape c'est peut-être d'en être conscient :)