Patterns in the Ivy

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Toujours en cours

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Comme je le prédisais à l'épisode précédent, je suis toujours loin de la fin de cette grande page façon Livre de Kells que j'ai commencée après vu le vrai. Il faut dire qu'un hiatus de plus d'un an n'a pas arrangé les choses. Mais j'avance assez bien quand j'y consacre du temps, comme dernièrement. Et si j'ai l'impression d'accroître la complexité au fur et à mesure, cela vaut le coup. Je suis encore loin de la folle densité des trucs dont je m'inspire, mais il reste de la place sur la feuille pour d'autres réjouissances.

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Secret de fabrication : ce nœud de racines-lézards-serpents est inspiré d'un motif sur la première page de l'évangile de Marc.

En tout cas, ce type de dessin a toujours les mêmes vertus sur moi. Les gestes précis et systématiques (dessus, dessous, répétez !) que ça impose font vite atteindre un état second de quasi-méditation très agréable. Le flow, le vrai. La gravure procure le même effet.

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Par contraste, après plusieurs heures passées dessus, ça donne aussi très envie de refaire des choses moins contraintes, plus spontanées. Rha, jamais content ! On verra bien si je remets ce projet en hibernation une nouvelle fois ou si j'arrive à faire tout ce que je veux de front :)

En cours

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Je préfère poster des choses terminées, mais là on en est vraiment très loin, alors une étape intermédiaire ne fera pas de mal.

C'est une petite partie d'un projet bien plus grand. Dessiner quelque chose d'ambitieux dans ce style doit être un des plus vieux points sur ma to draw list (misère, ça doit même remonter au siècle dernier…). Mais apparemment il me fallait des vacances en Irlande pour que je me lance.

Peigne lierre et papillon

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17 x 10 x 0.8 cm environ. C'est plus beau en vrai, surtout dans des cheveux.

Avec une amie chère qui partage un bon nombre de goûts avec moi, on se pâme souvent devant les merveilles de l'Art nouveau. Notamment ce genre de peignes, si caractéristiques de cette époque où les femmes avaient bien besoin de faire tenir leurs opulentes chevelures style nouille (car oui, bien sûr, elles ressemblaient toutes à des lithos de Mucha). Un objet de ce genre ferait un fort beau cadeau pour son anniversaire. Mais comme je n'avais pas envie de finir en prison pour avoir tenté de dévaliser le musée d'Orsay, je me suis dit que j'allais en sculpter un moi-même. Et en bois, pas en corne, parce que je n'avais pas de buffle à estropier sous la main.

Petit détail : je n'avais jamais fait de sculpture. Mais ça ne devait pas être bien compliqué, et ce projet faisait une première motivante. En plus, j'étais déjà à moitié équipé, ayant dernièrement trouvé ciseaux, gouges et maillet sur des vide-greniers pour me mettre à la gravure sur bois. En prévision des détails, j'ai aussi acheté un Dremel (un outil rotatif multifonctions assez précis), qui m'a énormément servi, et servira sûrement à plein d'autres choses à l'avenir.

Je n'ai pas fait de step-by-step systématique, mais voici tout de même quelques photos en cours de réalisation :

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Ne me demandez pas de quel bois il s'agit, je n'en ai aucune idée. C'était à l'origine une assise de chaise récupérée dans la rue, dont le bois semblait avoir les caractéristiques qu'il me fallait : monobloc, solide et sans nœuds. Et dense surtout, pour ne pas que les parties fines soient fragiles.
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Ça ne se voit pas trop ici, mais la planche était bien épaisse, plus de 1,5 cm. J'ai passé beaucoup de temps au ciseau sur la face arrière pour perdre en épaisseur.
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C'est bientôt fini ! Là je fais tout au Dremel depuis un moment.

Le moment où le peigne s'est séparé du gros de la planche était stressant, car j'avais peur de forcer sur les dents, mais tout s'est bien passé. Et c'était assez émouvant, car à ce stade, même s'il restait des choses à faire, tout le travail se concrétisait déjà en un objet à part entière que je pouvais tenir en main. Première impression surprenante : c'est extrêmement léger, bien plus que ce que j'avais imaginé. Certes, ça ne représentait plus un gros volume de bois, mais ça contrastait étrangement avec la résistance ressentie pendant la sculpture. En tout cas, ce bois a tenu ses promesses, il est resté dur et solide même réduit à une très faible épaisseur, comme sur les dents.

Pour ne pas tenter le diable et parce que je tiens à mes doigts, à partir de là j'ai laissé tomber le Dremel. J'ai fait les dernières retouches et affinages au scalpel, et j'ai poncé avec différents papiers de verre, pour préparer la touche finale, deux couches de vernis. Je n'ai pas de photo de cette étape avant vernis, donc voici directement le résultat final, sous différents angles :

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Allez, on va dire que le prochain sera sculpté des deux côtés ! :P
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Je suis content d'avoir réussi à affiner les dents autant que je voulais.
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(J'avoue, là je l'ai fait voler comme un vaisseau spatial en faisant "Fssshhoouuuu !")

Pour parachever le tout, je l'ai offert sur du velours, dans une jolie boîte noire.

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Boîte faite sur-mesure, à partir du carton du Dremel. Jusqu'au bout, tout se recycle :)
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La vraie touche finale !

Gravure Ivy - Étapes

Comme promis, un billet pour détailler un peu les étapes de réalisation de ma dernière gravure.

Alors tout d'abord, ce n'est pas une linogravure, car la matière utilisée n'est pas du linoléum. Il s'agit de la même gomme un peu cheap que pour mon petit dragon, une matière qui est probablement destinée à l'initiation, vue la facilité avec laquelle ça se grave. J'en avais acheté deux plaques identiques l'année dernière, au moment de mes débuts, en me disant que j'allais m'en servir rapidement pour tester la gravure à deux plaques avec un sujet facile. Typiquement, une n-ième Ivy.

Sachant que je passe mon temps à la dessiner en "tâche de fond", dans mes carnets, sur mes notes de réunion ou mes brouillons du boulot, je pensais que ce serait vite fait. Et pourtant non ! J'ai pondu des tas de croquis pendant un an et demi sans que ça corresponde à ce que je voulais.

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Quelques exemples de trucs avortés, je vous épargne la totalité…

Mais bon, après la gravure des éoliennes je me suis rendu compte que j'aimerais bien passer à des choses un peu plus sérieuses (grands formats, gravure sur bois, etc.), alors il fallait que je finisse ça une bonne fois pour toute. Et en me focalisant dessus, j'ai finalement dessiné assez vite quelque chose qui me plaisait, dans un style Art nouveau pas trop chargé. Bref, ça a donné ça :

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Enfin un croquis qui me plaisait !

J'ai scanné et reproduit ce dessin au trait en quelques exemplaires. pour pouvoir faire des tests et me servir d'une copie comme d'un papier calque, pour le transfert sur la plaque à graver. C'est tout de même assez grossier comme technique, donc j'ai dû redessiner la plupart des éléments sur la plaque.

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Copie de référence et résultat du transfert.

Ensuite, c'est la gravure en elle-même. Cette matière se grave très (trop !) facilement, et le dessin était à la fois plus simple et nettement plus petit que les éoliennes, donc c'est allé beaucoup plus vite… Déjà, rien que le fait de pouvoir tourner facilement la plaque elle-même au lieu de devoir tourner autour ! Mais vu certaines parties tordues, j'ai dû faire attention à ne pas tomber dans la précipitation.

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Après avoir terminé la plaque, j'ai fait une première impression de test.

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Hop, et voilà, fini ! :)

 

Euh... non, on avait dit deux couleurs ! Il a donc fallu se lancer dans la seconde plaque (qui sera en fait imprimée en premier, pour être sûr d'avoir les traits sombres au-dessus du orange), avec le problème de la superposition des deux. Bon, c'est un cas de dessin assez facile, où la plaque noire se suffit à elle-même et peut donc servir de référence pour la plaque orange. Mais il fallait tout de même que les deux soient bien calées pour que ça marche. Pour le transfert du dessin, je suis donc parti d'une des impressions et non pas du dessin original, pour minimiser les risques de décalage. Et puis j'ai fait tant bien que mal, avec encore cette technique façon papier calque, en espérant que la précision soit suffisante…

Spoiler : je me suis foiré. Le résultat final souffre de plein de décalages et de zones qui ne devraient pas être blanches. L'élasticité du matériau bas de gamme est sûrement un peu en cause, mais il y a surtout ma méthode. Je suis bon pour étudier mieux la question du transfert si je refais du multi-plaques (et comme je n'ai pas envie de faire du plaque perdue, il faudra bien).

Une fois la plaque orange gravée (c'est allé très vite et j'ai pas pris de photos), j'avais ça :

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Les deux plaques terminées… et plein de copeaux sur mon bureau.

Ça y est, là c'est fini ! Plus qu'à imprimer, en commençant par le orange…

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Je ne sais pas vous, mais j'aime déjà bien cette étape, avec cette forme sinueuse et abstraite.

Ça ne se voit pas parce que la lumière sur mes photos est jaunâtre et mal réglée, mais ce orange tel qu'il sort du tube est complètement fou. Super vif, presque fluorescent. C'est drôle car je ne suis pas franchement fan de cette couleur en temps normal, mais quand je l'ai vu ressortir sur ces feuilles, j'ai trouvé qu'il avait quelque chose d'à la fois joyeux et de poignant. Oui, carrément, cet orange m'a bouleversé et je me suis abîmé dans une contemplation mystique de mon encre :D. Ce qui tombait bien parce que de toute façon il fallait patienter jusqu'au lendemain pour appliquer la couche noire (qui est plutôt vert olive très foncé en fait).

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Le résultat final.

Gravure éoliennes - Étapes

J'adore voir ce genre de choses chez les autres, alors voilà une rétrospective des étapes de réalisation de ma grande linogravure sur les éoliennes.

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Le premier croquis rapide et des études pour les deux personnages.

C'est resté assez basique sur le papier, je suis passé rapidement au dessin direct sur la plaque. J'utilise du crayon sec blanc. C'est bien visible sur le marron sombre du lino, c'est trop tendre pour l'abîmer et ça s'efface d'un coup de doigt mouillé. Bref, c'est parfait.

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Une fois le dessin fini, au moins dans les grandes lignes, il est temps de sortir les gouges !

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J'ai adoré travailler sur cette partie-là !
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Quant à celle-ci, c'était sûrement la plus longue. C'est la même technique que celle que j'avais utilisée pour les cheveux d'Ivy, mais en plus fin et plus grand.

Un aspect que j'ai beaucoup aimé dans cette lino, c'est de profiter de sa taille et de sa composition très fractionnée pour expérimenter divers effets. Selon les parties, je suis plus ou moins satisfait des résultats, mais ce sera autant d'enseignements intéressants pour la prochaine fois. En espérant que je n'attende pas plus d'un an pour m'y remettre cette fois-ci !

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Quelque chose qu'on m'avait souvent demandé après mes deux premières gravures — Ivy et le dragon de cartographe —, c'est le temps passé dessus. Cette fois-ci, j'ai vraiment compté. On arrive donc à environ 32h de gravure seule, sans le dessin préalable. C'est beaucoup, c'est même certainement la réalisation qui m'a demandé le plus de temps jusque-là (ceci mis à part, si on le compte comme un tout), mais dans un sens ça ne paraît pas tant, comparé à la façon dont ça m'a paru s'étaler dans le temps. Il faut dire que je suis parti en vacances au milieu, et que j'ai beaucoup tronçonné en petites séances de travail. Pour des raisons d'emploi du temps, mais aussi parce qu'au bout de 2 heures penché dessus, j'avais mal au dos et je devenais moins concentré…

Une vidéo non loin de la fin, quand je bossais sur les ornements du contour. Un peu chiant le côté symétrique, d'ailleurs c'est loin d'être parfait. Sans compter les erreurs et dérapages qui se multipliaient (voir la fin de la vidéo :P) à mesure que mon impatience de terminer grandissait.
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J'avais gardé le ciel nocturne avec les spirales pour la toute fin, car je savais que je me ferais plaisir dessus. Je suis particulièrement content du résultat de cette partie.
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La gravure terminée ! Je jurerais qu'à ce moment là j'ai entendu ça dans ma tête :)

Là, si j'avais été raisonnable, je serais allé me coucher. Il était 1h du mat', j'étais mort, je bossais le lendemain. Mais quand on grave du A2 au lieu d'écrire un bête texte de quelques lignes, on n'est pas raisonnable :). J'ai imprimé les premières épreuves dans la foulée. Et depuis, j'en ai refait quelques séries, en testant divers papiers.

Un aperçu vidéo d'une impression. Je n'ai pas de presse, je fais ça par terre chez moi, c'est très artisanal.
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La plaque encrée. Je n'ai pas de photo correcte du tout premier encrage, mais c'est un moment magique, avec les détails qui ressortent enfin contrastés, et la belle encre qui luit sous la lumière. Vous remarquerez qu'entre-temps j'ai découpé les bords de la plaque, pour éviter les taches parasites.
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Des épreuves qui sèchent. Où l'on voit que la taille de mon salon est le facteur limitant du nombre d'impressions par série :).

Voilà. Entre-temps, certains tirages ont trouvé un foyer chaleureux chez des amis ou vont bientôt le faire, ce qui me réjouit au plus haut point. Je me tâte pour en proposer d'autres à la vente sur Etsy, mais je sens déjà l'envie de passer à autre chose, et la flemme reprendre le dessus…