Cyclamen flowerLes cyclamens étaient parmi les plantes préférées de mon grand-père.

Comme beaucoup, il aimait la beauté fragile, irréelle de leurs fleurs. Comment ne pas adorer ces petites fées effrontées, roses ou blanches, perchées aux bouts de leurs longues tiges, qui dressent vers le ciel leurs cinq ailes délicates dans un dessin simpliste et complexe à la fois, en exhalant un si léger parfum ?

Mais il aimait tout autant ces plantes aux périodes modestes et secrètes, quand elles ne sont plus que des tubercules un peu frustes affleurant la surface du sol, ou qu'elles se contentent de déployer leur faisceau de feuilles en forme de coeurs rondelets.

Dans ce qui restera toujours "son" jardin, un minuscule coin de paradis perdu dans un quartier grisâtre de Rouen, il y en a un parterre, qui a toujours semblé laissé à l'état sauvage, mais qui est en fait le résultat de patientes et continuelles attentions, à travailler en harmonie avec la Nature, sans la forcer. Il était le seul à savoir que tel ou tel plant, fondu dans la masse et semblable aux autres pour mes yeux profanes, était d'une variété réputée incultivable sous nos latitudes, ou qui est en train de lentement disparaître au seul endroit du monde où elle pousse à l'état sauvage. Mais il n'en tirait nulle fierté. C'était parmi tant d'autres une humble contribution à rendre le monde moins bête et plus beau.

Cyclamen's bed - Lit de cyclamens

Plus encore que dans les autres plantes, je crois qu'il voyait dans les cyclamens un condensé parfait du miracle toujours renouvelé de la Nature, de ses merveilles, de ses contrastes, qui se dévoilent si facilement à qui prend le temps de la respecter et d'en être curieux. C'est certainement la première des innombrables choses que j'ai apprises de lui.