Vous vous rappelez du petit jeu de déchiffrage d'une certaine aberration typographique publicitaire ? Pour ceux qui ont apprécié la séance d'écorchage de noeil, voici déjà un petit bonus dans un style voisin, croisé dans la rue, un peu moins laid et un peu plus lisible aussi...

Mais attention, tout cela n'est rien ! En effet, il y a bien pire que le designer qui s'est foiré. Car s'il est une personne qui a élevé l'illisibilité au rang d'art, c'est l'adolescent norvégien ! Tout du moins Svenn, 17 ans, qui décide, pendant le cours de maths de 14h, alors qu'il fait déjà nuit dehors et que le blizzard fouette les vitres, de monter le troisième groupe de true-black-metal de la terminale B du lycée de Røngstigtkermarkheim. Avant même de penser à ce qu'il va jouer ou chanter grunter, il planche sur un coin de sa feuille quadrillée en tentant d'appliquer la recette suivante :

  • Trouver un nom de groupe. Si ça évoque au choix Satan/toute forme de torture/Satan/la domination/les Vikings/Satan/le Grand Nord, c'est top. Bon, si ça n'évoque rien du tout, ça marche aussi. Mais si ça a l'air d'être prononcé comme une dernière malédiction par un orque agonisant dans le gargouillis de ses propres entrailles répandues, alors là c'est jackpot !
  • Trouver un surnom bien méchant, selon le même genre de critères. Parce que Svenn "J.C. Emasculator" Bjrnson ou Ivar "Samgrath" Olafson, ça fait quand même super classe dans un livret de CD à côté d'une photo noir et blanc dans la neige.
  • Dessiner un logo pour le groupe...

Et c'est là qu'au choix on se marre ou qu'on observe un silence respectueux. Car la génèse d'un de ces chefs d'oeuvre relève de l'expérience mystique, du rite aux étapes gravées dans le marbre, qui doivent être scrupuleusement respectées sous peine de déplaire à Satan. En tout cas, c'est ce qu'on pourrait penser devant l'impressionante uniformité stylistique de tous ces logos. Autre explication possible : à l'instar des Converse et des Eastpack plus ou moins customisés, c'est une manifestation de ce côté gentillement schyzophrène qui caractérise l'adolescence, où comptent autant l'appartenance à un groupe social bien identifié que l'affirmation de sa propre individualité. Mais bon, halte à la psychologie de bas-étage, tout ça pour dire que dans 90% des cas, ces logos partagent les caractéristiques suivantes :

  • des lettres torturées, pleines de barbelés, d'épines, de dégoulinures, de pointes ou de lames acérées. En gros, il faut que le logo fasse aux yeux ce que la musique est censée faire aux oreilles. Les angles droits et les typos rondouillardes sont banies. Je ne sais pas ce qui guette le gars qui ferait un jour un logo en Comic Sans, mais à mon avis il risque gros.
  • Des symboles ajoutés au lettrage, pour dire de manière super subtile, au cas où on n'aurait pas compris, "hum, vous savez, nous on n'est pas un groupe qui parle de la rédemption de l'humanité par l'amour universel de Jésus Christ notre Sauveur, on est plutôt du style à sacrifier des rats morts et à effrayer les Versaillaises à la sortie de la messe". Les deux grandes stars du genre sont donc les pentacles et les croix à l'envers. Sinon, y'a parfois les trucs de revendication de la "culture Viking", à la signification plus ou moins bien maîtrisée, genre marteau de Thor, entrelacs celtes, runes et Cie (du meilleur effet chez un groupe Brésilien ou Israëlien. Oui parce qu'il faut pas croire hein, y'a pas que les Norvégiens. Et les Français sont assez forts pour ça aussi.). Et pour les plus malsains, des croix gammées et assimilés >_<. Miam... Mais allez, non, Svenn et Ivar ne mangent pas de ce pain-là.
  • Dernier élément, fondamental, du logo : une symétrie horizontale quasi-parfaite. Quitte à torturer, écarteler et défigurer la moitié des pauvres lettres de manière complètement improbable, comme c'est très souvent le cas. Vu l'aspect laborieux de certains résultats, on sent parfois qu'il a bien dû se creuser la tête, Svenn, pour y arriver. Quand même, je me demande vraiment d'où vient ce goût immodéré pour la symétrie... Le coup des pointes et des pentacles, je comprends, mais ça... Peut-être parce que c'est un des trucs de design de logos les plus basiques, que les premiers groupes ont appliqué, et que maintenant ils le font tous par mimétisme. Et parce que c'est rigolo à faire. Pendant une réunion chiante j'avais redessiné le logo de ma boîte version black-metal, c'est vrai que c'est assez fun... Faudrait lancer des concours ;)

En parlant de concours, la finalité de tout ce blabla c'était quand même de vous fournir de quoi vous user les yeux à nouveau et tester vos capacités de déchiffrage de l'écriture true-black-métallique. Voilà déjà une quinzaine de logos, avec quelques groupes "connus" (j'aime vraiment le premier, la musique comme le logo sobre et classe) et un bon paquet de formations hum... obscures ;).

Alors, c'est marqué quoi ?

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Et pour finir, un à part, plutôt marrant si vous arrivez à le déchiffrer...

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Voilà c'est fini. Les gouttes pour les yeux sont dans l'armoire à pharmacie, et les réponses sont dans le premier commentaire.

En tout cas, si ça vous amuse, je pourrai en mettre d'autres. D'ailleurs, merci aux Svenn et aux Ivar pour fournir une source quasi-illimitée de jeux débiles, et surtout, merci à Jérôme "Morlos" G., qui s'est amusé sur son temps (presque) libre à écumer Encyclopedia Metallum (un site humoristique) pour récupérer plein plein plein de logos, et à les classer par difficulté croissante... Je précise que là, je n'ai pioché que dans le répertoire "Facile" >_<