2006-01-22_ivy_pres_02_large.jpg

Nimwendil's Blog

Le Cycle des Épées

Il y a quelques jours, en traînant dans une quelconque grande surface de la culture, mes yeux sont tombés sur quelque chose qui m'a fait grand plaisir : une toute nouvelle édition du Cycle des Épées, de Fritz Leiber. Tout du moins, il y avait le premier, Épées et Démons, mais je suppose que les six autres ne tarderont pas à suivre.

Historiquement, cette série a été publiée en France par le mastodonte Pocket SF, mais ça faisait bien dix ans qu'ils l'avaient retirée de leur catalogue. Probablement après avoir échoué à la sortir de la méconnaissance injuste dans laquelle elle réside toujours.

Injuste, car cette série, qui débuta dans les années 1930, n'est ni plus ni moins qu'une oeuvre majeure des origines de ce qu'on appelle de nos jours la Fantasy. D'après moi, elle a contribué à en définir les codes et les archétypes tout autant que Le Seigneur des Anneaux de Tolkien ou que le Conan de Howard.

Même si on met de côté cet aspect fondateur et qu'on ne s'intéresse qu'à ses qualités intrinsèques, cette série est un vrai bonheur à lire. Composée uniquement de nouvelles, elle met en scène les aventures trépidantes de deux anti-héros inséparables : Fahfrd le barbare nordique et celui qu'on appelle le Souricier Gris, espèce de "rat des villes" roublard. Les deux hommes parcourent ensemble le monde sauvage de Nehwon ou arpentent les ruelles sombres de la cité de Lankhmar, tombent sous le charme de sorcières peu recommandables, font le jeu de diverses divinités, et bien entendu combattent monstres, guildes de voleur, sectes fanatiques et sorciers mégalomanes.

Oui, ça a l'air un peu tarte comme ça (si si, je devine ce que vous pensez ;-) ). Mais il ne faut surtout pas s'arrêter à la première impression. C'est juste que ces concepts ont été tellement rebattus depuis, qu'ils en paraissent caricaturaux. À côté de ça, cette oeuvre regorge d'inventivité. Car sous cette apparente superficialité se cache une grande variété d'ambiances, de profondeurs et de sensibilité.

Friz Leiber joue avec la forme narrative de la nouvelle et en profite pour expérimenter tout un éventail de niveaux et de styles d'écriture. Ainsi, on peut passer d'une aventure mystérieuse, relevant presque du récit policier, à la nouvelle quasi-érotique, comme on peut aller d'un récit léger, baignant dans l'insouciance et l'humour des deux protagonistes, à une ambiance glauque et réellement morbide, de la noirceur d'un Lovecraft, où les héros sont confrontés à leur peurs les plus intimes. Comme on peut trouver tout cela au sein d'une même nouvelle. Le tout a un accent étonnemment moderne pour l'âge de l'oeuvre, avec un style réellement fluide et agréable à lire.

Bref, une série que j'adore (même si j'en n'ai que 5 sur les 7, des vieux Pocket dénichés de haute lutte dans des foires-à-tout ou chez des bouquinistes), et sur laquelle j'aime revenir de temps en temps entre deux lectures plus conséquentes. C'est une très bonne nouvelle que ce soit Bragelonne, jeune maison montante et dynamique du paysage éditorial, qui reprenne cette grande oeuvre. J'espère que ça contribuera à lui donner enfin l'éclairage qu'elle mérite.

De la philo... Fuyez !

Féeries anatomiques, de Michel Onfray

Féeries anatomiques,
de Michel Onfray.

Vue hier via Nanoblog (et sûrement ailleurs depuis), voici une information qui tombe à point nommé pour me permettre d'introduire ce livre que j'ai lu récemment. Il traînait sur ma pile "à lire" depuis un bon moment, après que Fabien me l'ait l'eut (après que + Indicatif !) cyniquement mis entre les mains, m'extorquant presque la promesse de le lire. Donc voilà, pour lui et pour vous, un petit compte-rendu de ce que j'en ai pensé.

Lire la suite

La Dame aux Dragons

Évènement assez rare pour être signalé : vu dans le Télérama de cette semaine (n°2887), un article de 2 pages intitulé "La Dame aux Dragons" sur l'écrivainE américaine de fantasy Robin Hobb.

Edit du 17/05/05 : Lien direct sur la version internet de l'article, publiée sur le site de Télérama.

Elle est surtout connue pour son énorme "trilogie de trilogies" qui se déroule dans le même monde :

  1. The Farseer Trilogy ;
  2. The Liveship Traders Trilogy ;
  3. The Tawny Man Trilogy.

Au passage, les 9 éditions originales sont illustrées par John Howe. Autant dire de véritables merveilles !

 

Ce cycle est publié en France par Pygmalion (grand format) et par J'ai Lu (poche), bizarrement sous la forme de deux séries distinctes (ajoutez à cela l'anarchie du découpage en volumes qui ne reprend absolument pas la division originale et c'est le gros bazar !) :

  • L'Assassin Royal (qui regroupe The Farseer Trilogy et The Tawny Man Trilogy) ;
  • Les Aventuriers de la Mer.

 

L'article de Télérama fait un rapide survol de l'ensemble de son oeuvre (y compris ses nombreux autres livres sous le pseudonyme de Megan Lindholm), mais il parvient à toucher les points qui font la grandeur de cette série : un style riche et d'une précision "tolkiennienne", un monde à la fois familier et fabuleux, une approche juste et poétique de la magie, loin des poncifs du genre. Et surtout, surtout, des personnages profondément humains, aux soucis étonnemment universels, énormément attachants.

À ma grande honte je n'ai lu pour l'instant que la première trilogie, mais le manque sera bientôt comblé.

Les Princes d'Ambre

Aaarrrggghhh !

Ambre 3 - Le signe de la Licorne

C'était mon cri, hier matin, en finissant le cycle des Princes d'Ambre de Roger Zelazny. Je ne veux pas trop dévoiler l'oeuvre à ceux qui ne l'ont pas lue, donc je m'abstiendrai d'expliquer ce cri en détail. Tout au plus puis-je dire qu'il s'agissait d'une exclamation de frustration. La plupart des gens qui ont lu cette série me comprendront (j'en connais au moins trois).

Mais je ne peux pas m'empêcher complètement de réagir à cette lecture. Je crois que c'est là aussi un point commun de beaucoup de lecteurs : ce cycle ne laisse pas indifférent, il a quelque chose d'unique qui fait qu'on a envie d'essayer d'aller plus loin.

Lire la suite

"C'est pour ton blasphème !" (Dr. Jones à son fils)

Ça y est, j'ai fini The Da Vinci Code, alors j'y reviens rapidement (dernière fois, après promis j'arrête !).

Ben je dois reconnaître que c'était assez sympa, malgré la grosse dose de septicisme dont je m'étais munie. Non que je n'aie rien à reprocher au livre. À part le style pas terrible que j'ai déjà mentionné, les personnages sont d'une platitude frisant les meilleures interprétations de Ben Affleck, on sent venir beaucoup d'évènements à trois kilomètres et je trouve la fin particulièrement ratée. Mais en dehors de ça, on passe globalement un bon moment, et il n'est pas difficile de comprendre le succès du livre. Un rythme effréné, des stéréotypes faciles d'accès, un aspect ludique de chasse au trésor et une thèse de conspiration "qui parle", gravitant autour d'un des rares artistes vraiment universellement connus. "The Piranese Code" ou "The Fra Angelico Code" auraient probablement eu moins de succès !

Si on creuse un peu, l'auteur n'a pas inventé grand chose, mais justement son talent a été de piocher et de connecter de façon relativement plausible des thèses reconnues et des faits avérés. On est forcé de reconnaître le travail documentaire sous-jacent et l'intérêt du livre est largement accru grâce à son côté démystificateur. Dommage que ces passages soient trop lourdement introduits (style "la culture, c'est comme la confiture...") et qu'ils soient contrebalancés par les constants pipotages sur le même ton didactique, qui transforment le tout en une véritable macédoine mystique, couverte par le dérangeant "Tout est vrai..." qui sert de prélude au roman. C'est sûr que les auteurs et éditeurs des Da Vinci Code décrypté & Cie doivent s'en frotter les mains...

 

Pendant qu'on y est, un petit mot sur cette publicité qui vient d'être interdite en France après plainte des autorités religieuses :

Publicité pour Marithé et François Girbaud

Il s'agit d'une pub pour Marithé et François Girbaud, marque de prêt-à-porter (connaissais pas, comme quoi ça marche), qui détourne la Cène de Léonard en remplaçant JC et les apôtres par des femmes, et la présumée Marie Madeleine par un homme au dos nu. Le Da Vinci Code a décidément fait des émules ! Faut dire, vu la taille de son lectorat, c'était clair qu'il y aurait de la récupération.

Esthétiquement, j'aime beaucoup cette affiche. L'attitude égarée de "la Jésus", le dynamisme de la compositionn, et même les membres sous- et surnuméraires qui rappellent ce détail de la Cène originale. Je suis pas dupe, malgré le caractère créatif ça reste une pub, donc destinée à faire vendre, et l'aspect provocateur (très réduit tout de même) était probablement mûrement réfléchi. N'empêche, drôle de pays où on se donne bonne conscience en louant la laïcité des institutions, et où on rend des jugements de censure pareils sous pression de groupes religieux. Et dire qu'on continue à vendre des voitures en vantant leur caractère sportif ou en dégradant l'image de la femme.

 

À ce propos, j'ai vu ce week-end la nouvelle campagne d'affiches de Dove. On y voit diverses femmes volontairement éloignées du modèle de la bimbo habituelle (une âgée, une "ronde", une "plate", etc.), mais chacune d'elle affiche un sourire rayonnant et véhicule incontestablement une certaine idée de la beauté. C'est d'ailleurs l'ambition de cette campagne, redéfinir la notion de beauté, indépendamment des canons irréalistes présentés habituellement par les médias. Une démarche courageuse et louable. Mais à mon avis Laetitia Casta et consoeurs n'ont pas encore de souci à se faire...