Le Cycle des Épées
mercredi 28 septembre 2005 à 17:44 | Lectures
Il y a quelques jours, en traînant dans une quelconque grande surface de la culture, mes yeux sont tombés sur quelque chose qui m'a fait grand plaisir : une toute nouvelle édition du Cycle des Épées, de Fritz Leiber. Tout du moins, il y avait le premier, Épées et Démons, mais je suppose que les six autres ne tarderont pas à suivre.
Historiquement, cette série a été publiée en France par le mastodonte Pocket SF, mais ça faisait bien dix ans qu'ils l'avaient retirée de leur catalogue. Probablement après avoir échoué à la sortir de la méconnaissance injuste dans laquelle elle réside toujours.
Injuste, car cette série, qui débuta dans les années 1930, n'est ni plus ni moins qu'une oeuvre majeure des origines de ce qu'on appelle de nos jours la Fantasy. D'après moi, elle a contribué à en définir les codes et les archétypes tout autant que Le Seigneur des Anneaux de Tolkien ou que le Conan de Howard.
Même si on met de côté cet aspect fondateur et qu'on ne s'intéresse qu'à ses qualités intrinsèques, cette série est un vrai bonheur à lire. Composée uniquement de nouvelles, elle met en scène les aventures trépidantes de deux anti-héros inséparables : Fahfrd le barbare nordique et celui qu'on appelle le Souricier Gris, espèce de "rat des villes" roublard. Les deux hommes parcourent ensemble le monde sauvage de Nehwon ou arpentent les ruelles sombres de la cité de Lankhmar, tombent sous le charme de sorcières peu recommandables, font le jeu de diverses divinités, et bien entendu combattent monstres, guildes de voleur, sectes fanatiques et sorciers mégalomanes.
Oui, ça a l'air un peu tarte comme ça (si si, je devine ce que vous pensez
). Mais il ne faut surtout pas s'arrêter à la première impression. C'est juste que ces concepts ont été tellement rebattus depuis, qu'ils en paraissent caricaturaux. À côté de ça, cette oeuvre regorge d'inventivité. Car sous cette apparente superficialité se cache une grande variété d'ambiances, de profondeurs et de sensibilité.
Friz Leiber joue avec la forme narrative de la nouvelle et en profite pour expérimenter tout un éventail de niveaux et de styles d'écriture. Ainsi, on peut passer d'une aventure mystérieuse, relevant presque du récit policier, à la nouvelle quasi-érotique, comme on peut aller d'un récit léger, baignant dans l'insouciance et l'humour des deux protagonistes, à une ambiance glauque et réellement morbide, de la noirceur d'un Lovecraft, où les héros sont confrontés à leur peurs les plus intimes. Comme on peut trouver tout cela au sein d'une même nouvelle. Le tout a un accent étonnemment moderne pour l'âge de l'oeuvre, avec un style réellement fluide et agréable à lire.
Bref, une série que j'adore (même si j'en n'ai que 5 sur les 7, des vieux Pocket dénichés de haute lutte dans des foires-à-tout ou chez des bouquinistes), et sur laquelle j'aime revenir de temps en temps entre deux lectures plus conséquentes. C'est une très bonne nouvelle que ce soit Bragelonne, jeune maison montante et dynamique du paysage éditorial, qui reprenne cette grande oeuvre. J'espère que ça contribuera à lui donner enfin l'éclairage qu'elle mérite.
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